Radio Vassivière aux assises de SOS forêt

Radio Vassivière s’est rendu à Gardanne dans les Bouches du Rhône pour les assises de SOS forêts, un collectif regroupant plusieurs syndicats de l’Office national des forêts, le Reseau pour les alternatives forestières ou encore Nature sur un plateau, bien connue sur la montagne limousine. Au programme, trois jours autour des pressions industrielles qui menacent les eco-systèmes forestiers, au premier rang desquels le développement effréné du bois-énergie, comme le méga-prjet de centrale biomasse à Gardanne. Nous avons rencontré Philippe Canal, secrétaire général adjoint du SNUPFEN, syndicat majoritaire à l’ONF, et Benoit Grimault, réalisateur du documentaire Menaces sur la forêt française, diffusé mardi 20 octobre à 20h40 sur France 5.

3 réponses

  1. Olivier Robichon dit :

    Lettre ouverte à mes collègues forestiers

    Chers collègues,

    La forêt publique est un actif. Elle est aussi un capital.

    Cette distinction doit être au cœur de notre réflexion.

    Un actif produit une richesse. Un capital doit être transmis.

    La forêt publique a toujours contribué à l’effort collectif. Nous l’avons accepté, car c’est une partie de sa vocation : produire du bois, créer de la valeur, répondre aux besoins de la Nation.

    Mais nous devons aujourd’hui regarder la réalité en face.

    La situation financière de notre pays a changé d’échelle. Le poids de la dette publique et de ses intérêts impose une pression croissante sur l’ensemble des patrimoines publics.
    La France connaît une situation financière critique . La dette publique dépasse 3 400 milliards d’euros et son coût en intérêts représente chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros.

    Lorsque les ressources publiques servent de plus en plus à absorber le poids d’une dette accumulée, la pression se reporte nécessairement sur les acteurs qui possèdent encore des actifs.

    L’ONF est le gestionnaire d’un de ces patrimoines majeurs : le capital forestier public.

    Mais un capital forestier n’est pas une caisse que l’on peut ouvrir davantage lorsque les besoins augmentent.

    La forêt produit selon des règles biologiques qui ne dépendent ni des urgences budgétaires ni des besoins du moment.

    Le revenu d’une forêt, c’est son accroissement.
    Le capital, c’est le bois sur pied construit par les générations précédentes.

    Lorsque l’on confond les deux, on change de logique. On ne récolte plus seulement les fruits de l’arbre : on commence à entamer l’arbre lui-même.

    La question qui se pose désormais est donc simple :

    À partir de quel moment une contribution cesse-t-elle d’être un effort utile pour devenir une consommation du capital que nous avons la responsabilité de gérer ?

    Cette question n’est plus théorique.

    Nous avons longtemps contribué à l’effort demandé. Mais nous devons aujourd’hui nous interroger sur la limite au-delà de laquelle poursuivre dans la même direction revient à affaiblir durablement notre capacité future d’action.

    Un forestier sait qu’il existe un équilibre entre le prélèvement et la capacité de renouvellement.

    Ouvrir davantage le robinet lorsque la réserve diminue ne crée pas davantage d’eau.

    La responsabilité consiste parfois à refermer le robinet pour retrouver un niveau compatible avec la capacité réelle de production.

    Le moment vient où la responsabilité professionnelle ne consiste plus seulement à appliquer une orientation, mais à interroger sa cohérence avec la mission qui nous est confiée, car il existe une règle simple que tout forestier connaît : si l’on donne plus que ce que l’on peut renouveler, on ne fait pas preuve de responsabilité ; on met en danger l’avenir.

    Trois attitudes sont alors possibles.

    Continuer à ouvrir davantage , en acceptant progressivement une décapitalisation du patrimoine forestier.

    Demander que les prélèvements retrouvent une cohérence avec la capacité réelle de production de la forêt.

    Ou considérer que notre responsabilité de forestier nous oblige à alerter lorsque la trajectoire suivie devient incompatible avec la gestion durable du capital qui nous a été confié.

    Le forestier n’est pas celui qui prélève le plus aujourd’hui.

    Le forestier est celui qui garantit que la forêt pourra encore produire demain.

    Nous ne sommes pas propriétaires des forêts que nous gérons.

    Nous en sommes les dépositaires.

    C’est cette responsabilité qui doit guider nos choix.

  2. Olivier Robichon dit :

    Depuis toujours, une société vit de ce qu’elle produit.

    Ses revenus permettent d’entretenir son patrimoine, de rémunérer le travail, d’investir pour l’avenir et, si elle s’est endettée, de rembourser progressivement ses dettes.

    Puis vient un premier seuil.

    Les revenus ne suffisent plus.

    À partir du moment où la richesse produite par un pays sert principalement à payer le coût de son endettement plutôt qu’à réduire cet endettement, la dynamique change de nature.

    Une dette peut être un outil lorsqu’elle finance un investissement capable de créer demain davantage de richesse qu’elle n’en a coûté aujourd’hui.

    Mais lorsque l’endettement sert à financer le fonctionnement courant et la charge des dettes accumulées, le mécanisme change : l’argent mobilisé ne prépare plus l’avenir, il entretient une situation qui continue de se dégrader.

    La richesse produite chaque année est alors absorbée par deux contraintes : le paiement des intérêts de la dette et le fonctionnement d’un État dont les marges d’action diminuent progressivement.

    Ce que l’on appelle les intérêts de la dette n’est que la partie visible de l’iceberg économique et comptable.

    Sous cette ligne de flottaison apparaissent d’autres conséquences : investissements reportés, entretien différé, services publics réduits, patrimoine collectif moins bien préservé.

    Ces pertes de capacité ne figurent pas immédiatement dans les comptes. Elles apparaissent dans la réalité du pays : dans ce qui n’est plus entretenu, dans ce qui se dégrade, dans ce qui devra être réparé demain.

    C’est pourquoi le simple regard porté sur le produit intérieur brut peut masquer une partie du processus. Le PIB mesure une production annuelle ; il ne mesure pas directement le capital collectif consommé pour maintenir cette production.

    L’expression « les intérêts de la dette dépassent le PIB » est donc un raccourci pour décrire un phénomène plus large : le poids global de l’endettement finit par dépasser la capacité réelle du pays à maintenir simultanément son niveau de services, ses investissements, l’entretien de son patrimoine et la réduction de sa dette.

    À ce stade, l’effort demandé change de nature.

    Il ne s’agit plus d’un effort temporaire destiné à stabiliser une situation dégradée pour la ramener progressivement à l’équilibre.

    Ça devient une fuite en avant.

    On puise dans les économies de réserve pour maintenir un équilibre qui continue de se dégrader. On consomme progressivement les ressources sans modifier la trajectoire.

    C’est le tonneau des Danaïdes.

    Chaque effort supplémentaire remplit momentanément un système dont le fond du récipient est percé.

    C’est dans cette logique que le patrimoine forestier doit être regardé avec prudence.

    La forêt est un capital.

    Son bois produit constitue un revenu, mais le bois sur pied constitue une réserve accumulée dans le temps par les générations précédentes.

    Demander à ce capital de produire toujours davantage pour compenser un déséquilibre financier qui lui est extérieur revient à consommer une réserve sans résoudre la cause du problème.

    Le véritable seuil n’est pas celui où l’on manque d’argent. C’est celui où l’on commence à utiliser son capital pour financer un fonctionnement qui ne permet plus de reconstituer ce capital.

    Le véritable enjeu de la gestion forestière se situe désormais dans le choix qui s’offre à nous.

    Poursuivre la fuite en avant, en utilisant encore davantage de capital pour maintenir un fonctionnement qui ne permet plus de reconstituer ce capital, revient à prolonger un mécanisme dont l’issue est déjà inscrite dans son fonctionnement.

    L’autre voie consiste à reconnaître le changement de dynamique, à préserver et conserver le capital restant pour maintenir une capacité de rebond.

    Une société, comme un individu, doit parfois savoir garder une poire pour la soif, car le capital que l’on préserve aujourd’hui constitue la capacité de rebondir demain.

    Aujourd’hui n’est plus le temps de l’effort supplémentaire. Il est celui du discernement et de la responsabilité.

  3. Olivier Robichon dit :

    Si l’on me demande d’écoper pour remettre le bateau à flot, je répondrai présent. J’écoperai même davantage si la situation l’exige, parce qu’un effort collectif a un sens lorsqu’il permet de sauver le navire.

    Mais si l’on me demande de continuer à écoper tout en acceptant que l’on perce davantage de trous dans la coque …alors cet effort change de nature. Il ne contribue plus à sauver le bateau ; il l’aide à sombrer .
    À ce moment-là, la responsabilité n’est plus d’obéir aux consignes . Elle est de comprendre le mécanisme et d’agir en conscience.
    Si cette lettre touche des collègues, ce ne sera sûrement pas parce qu’elle leur apprendra quelque chose qu’ils ignorent complètement. Ce sera parce qu’elle donnera une cohérence à des expériences qu’ils vivent déjà, mais de manière dispersée.
    C’est difficile de gérer l’urgence au quotidien et de comprendre les mécanismes sous jacents quand on a la tête dans le guidon .
    Bon courage.
    J’espère avoir un peu débroussaillé le terrain pour vous permettre d’y voir plus clair.
    O.R.

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