« Le monde économique fonctionne sur des objectifs à court terme et la forêt doit être gérée sur le long terme »

Pierre Vertut, technicien forestier dans les Pyrénées centrales, et Michel Bénard, garde-forestier à la retraite depuis deux ans

Le 18 septembre dernier, une « Marche pour la forêt » partait simultanément de Strasbourg, Mulhouse, Valence et Perpignan. Ces quatre groupes de marcheurs se rejoindront le mercredi 24 octobre dans l’emblématique forêt de Tronçais. Une intersyndicale de l’ONF, l’Office National des Forêts, a décidé de mener cette action symbolique pour dénoncer les orientations prises ces dernières années par la direction de l’établissement et ses ministères de tutelle. Pour les participants à cette « Marche pour la forêt », ces décisions provoqueraient à terme une privatisation des forêts publiques, une diminution de leur protection et une transformation de ces forêts en usines à bois. Pierre Vertut et Michel Bénard faisaient étape à Meymac samedi dernier.

Prochaines étapes de cette « Marche pour la forêt » : Mainsat/Évaux-les-Bains ce vendredi, Évaux-les-Bains/Villebret ce samedi. Ensuite, il ne restera plus que quatre jours avant que les quatre marches se rejoignent dans la forêt de Tronçais, dans l’Allier.

Pour en savoir plus sur cette « Marche pour la forêt »: marche-pour-la-foret.webnode.fr

2 réponses

  1. Olivier Robichon dit :

    Le support et le processus.

    Le support, c’est ce que l’on voit :

    * l’arbre ;
    * le peuplement ;
    * le volume de bois ;
    * le paysage ;
    * la production mesurable.

    Le processus, c’est ce qui rend ce support possible :

    * le sol vivant ;
    * l’eau qui circule ;
    * les échanges biologiques ;
    * les interactions entre espèces ;
    * les cycles de matière et d’énergie ;
    * les mécanismes de régulation.

    Le piège est de confondre le résultat visible avec le fonctionnement qui l’a produit.

    On regarde un arbre et on oublie qu’il est l’aboutissement d’un ensemble de processus invisibles. On regarde une forêt productive et on oublie qu’elle repose sur un équilibre qui a mis des décennies, voire des siècles, à se construire.

    Le support est la partie visible, mesurable, immédiatement exploitable. Il attire naturellement notre attention parce qu’il est facile à compter :

    * des arbres ;
    * des mètres cubes ;
    * des hectares ;
    * une production annuelle.

    Mais le processus est ce qui donne une existence durable au support :

    * la formation d’un sol ;
    * la circulation de l’eau ;
    * les relations entre organismes ;
    * les mécanismes de régulation ;
    * la capacité d’adaptation du milieu.

    La confusion entre les deux est probablement une des grandes erreurs de notre époque : prendre le produit d’un système pour le système lui-même.

    Pendant longtemps, nous avons regardé le support : les arbres, les volumes de bois, les peuplements. L’enjeu aujourd’hui est de regarder les processus qui permettent à ce support d’exister et de se renouveler

  2. Robichon olivier dit :

    Je reviens car en rangeant des vieux dossiers dans mon bureau , je viens de retrouver un document que j’ai eu en 2011 á un colloque de l’onf à Paris auquel mon directeur m’avait demandé d’assister .
    L’intitulé était : « produire plus de bois tout en préservant mieux la biodiversité  » ahahahah ça m’a fait tellement rire que je voulais vous le partager .
    « Produire plus » relève d’une logique d’optimisation.

    « Préserver mieux » relève d’une logique de maintien des conditions d’existence.

    Le titre laisse entendre que les deux objectifs sont nécessairement conciliables, alors que toute la difficulté consiste précisément à comprendre dans quelles conditions ils le sont… et où apparaissent les arbitrages.
    Ce titre est typiquement formulé au niveau des supports :

    * plus de bois ;
    * plus de biodiversité.

    Mais il ne dit presque rien du processus qui permettrait réellement de tenir ensemble ces deux objectifs.

    C’est comme annoncer :

    « Nous allons accélérer davantage tout en freinant davantage. »
    C’est un peu comme une phrase grammaticalement correcte mais dont la syntaxe profonde ne tient pas.

    La question bien posée aurait dû être :  » Préserver la biodiversité afin de produire plus  »

    Si les processus écologiques qui rendent la forêt résiliente sont préservés, alors la production peut être soutenue sur le long terme.

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