Héctor Rafael Pérez García – Fundación Mi Gaita
Vaina 245 – Le souffle vivant de la gaita colombienne
Figure emblématique de la tradition musicale de San Jacinto, dans les Montes de María, Héctor Rafael Pérez García s’est imposé comme l’un des maîtres gaiteros les plus respectés de Colombie. Compositeur, luthier, pédagogue et fondateur de la Fundación Mi Gaita, il incarne depuis plusieurs décennies la continuité d’un héritage culturel profondément enraciné dans la mémoire caribéenne.
Un Maître gaitero au service de la tradition
Héctor Rafael appartient à cette génération d’artistes pour qui la gaita n’est pas seulement un instrument : c’est un langage, un récit collectif, un repère identitaire. Formé auprès des anciens de San Jacinto, il a contribué à préserver et à transmettre les techniques traditionnelles de jeu, de construction des flûtes, et le répertoire ancestral qui accompagne cumbia, bullerengue, gaita corrida et autres rythmes originaires des Caraïbes colombiennes.
Sa contribution musicale s’étend jusqu’aux grandes scènes : en 2007, son œuvre s’inscrit dans l’histoire avec “Fuego de Cumbia”, morceau associé à l’album Un Fuego de Sangre Pura, sacré Grammy Latino du meilleur album folklorique. Ce succès consacre une vision : celle d’une Colombie qui reconnaît enfin la valeur universelle de ses musiques traditionnelles.
La Fundación Mi Gaita : transmettre, reconstruire, protéger
En 2017, Héctor Rafael crée la Fundación Mi Gaita, un espace dédié à l’enseignement de la musique traditionnelle et à la formation artisanale autour des instruments natifs. La fondation est rapidement devenue un repère culturel pour des communautés souvent marginalisées ou touchées par le conflit armé.
Enfants, adolescents et adultes y trouvent un lieu d’apprentissage, mais aussi un refuge : ici, la musique répare, reconnecte, redonne une voix. Les ateliers de lutherie permettent de perpétuer la fabrication des gaitas, tambours et maracas selon les savoir-faire ancestraux. Les cours collectifs, eux, transmettent non seulement une technique, mais aussi l’histoire, les rites et le sens profond de chaque rythme.
Ce travail patient contribue à préserver un patrimoine immatériel longtemps menacé par l’oubli, la violence et l’exode rural. La fondation se positionne ainsi comme un acteur essentiel de la reconstruction culturelle des Montes de María.
Une Vaina enregistrée : trace vivante d’un héritage
La Vaina N° 245, captée par Nini Villegas, illustre la vitalité de cet héritage. Ce type d’enregistrement, minutieux et respectueux de la tradition orale, permet de préserver des compositions originales et des improvisations qui témoignent de la richesse du langage musical de la gaita.
On y lit l’expertise du maître, son approche sensible, sa manière de relier passé et présent. Au-delà de la performance sonore, ces enregistrements constituent une archive culturelle précieuse, un matériau pour les générations futures, et un témoignage de l’engagement d’Héctor Rafael envers la mémoire de son territoire.
Un héritage en mouvement
À travers son œuvre musicale comme à travers sa fondation, Héctor Rafael Pérez García s’inscrit dans la lignée des grands porteurs de tradition. Il protège, transmet et réinvente un patrimoine dont il comprend intimement les enjeux : celui de donner à une communauté la force de se reconnaître dans ses racines.
La gaita, grâce à lui, ne se contente pas de survivre : elle se renouvelle, s’enseigne, se partage. Vaina 245 en est une preuve sonore et symbolique. Son engagement, lui, est une démonstration que la culture traditionnelle reste un outil de résistance, d’identité et de reconstruction.
@ninivillegas.art


